Ce blog se propose de traiter le lien entre train et films criminels français. Le lien m'a frappée en regardant le magnifique Cercle rouge de Jean-Pierre Melville. Il m'est alors revenu confusément le souvenir de l'inspecteur Maigret, qui pour moi semble toujours dans un train. Je me suis rendu compte que le train évoquait pour moi une infinie mélancolie consubstantielle aux films policiers, emplie de lents voyages sous des horizons gris. Mais je me suis aussitôt rappelé Le Crime de l'Orient Express, ainsi qu'un extrait de Mon petit doigt m'a dit (de Pascal Thomas), deux adaptations bondissantes et ludiques d'Agatha Christie. L'attrait du crime a toujours revêtu des oripeaux multiples, entre attirance, répulsion et mélancolie.

 

Voici une liste de films ou l'univers ferroviaire est central :

 

  • Tentative d'assassinat en chemin de fer d'Alice Guy (1904)

  • La bête humaine de Jean Renoir (1938)

  • Compartiment tueurs de Costa-Gavras (1965) 

  • Trans Europ Express d'Alain Robbe-Grillet (1966) 

  • Le Cerveau de Gérard Oury (1969) 

  • La plupart des films de Jean-Pierre Melville

  • Train d'enfer de Roger Hanin (1985) 

  • Un étrange voyage d'Alain Cavalier (1981) 

  • Fugueuses de Nadine Trintignant (1995)

  • Aux abois  de Philippe Colin (2003)

  • Roman de gare  de Claude Lelouch (2007)

Dans d'autres films, il se mêle à d'innombrables moyens de transport afin de souligner l'adresse du malfaiteur (séries des Fantômas et des Fantomas) ou de l'enquêteur (films avec Jean-Paul Belmondo). Cela vaut tant qu'il est un véhicule promesse de modernité. A partir des années 70, il véhicule plutôt une image vénérable et ronronnante, ce qui explique pourquoi on le voit dans tant de séries patrimoniales (Maigret, Arsène Lupin, Nestor Burma...). Dans d'autres enfin, il est à la lisière, mais justement bien souvent pour commencer et clore le film, invoquant une certaine circularité (L'homme du train de Patrice Leconte).

 

Après mûre réflexion, je dois bien reconnaître que le rail n'a rien de consubstantiel au film criminel. Pourtant, il est au coeur de beaucoup d'intrigues romanesques, l'enquête policière étant une des déclinaisons de la "littérature de gare". Mais le cinéma, friand pendant longtemps d'adaptations (un tiers des productions dans les années 30), s'y est peu mis, dédaignant peut-être le genre ou reculant face à un tournage coûteux et dangereux. Par contre, il met à jour des spécificités moins observées dans d'autres films policiers. En effet, la plupart de ces films se concentrent sur le crime. L'enquête est à la marge, elle ne permet pas de démasquer le coupable (La Bête Humaine), ou alors cette résolution ne résout justement rien à la noirceur de l'âme humaine (Le Cercle rouge), ou elle n'est qu'un chemin initiatique (Un étrange voyage). La fatalité, ou plus doucement la mélancolie, y est centrale. Par ailleurs, le train partant bien quelque part, il permet d'explorer la province, ou encore les anciennes colonies (dans Coup de Torchon), ce qui est assez rare pour être souligné. Beaucoup de scènes sont tournées en décors réels. Pourtant, cette province reste anonyme, signe de non-lieux, de no man's lands, de lieux oubliés par Paris.

 

Enfin, bien entendu, l'univers ferroviaire propose des motifs esthétiques (les rails, les roues, la vitesse, les panaches de fumée) magnifiquement exploités par des artistes comme Jean Renoir, Jean-Pierre Melville, Alain Cavalier... Ces motifs se doublent bien souvent d'un sens métaphysique, nous le verrons. Plus largement, cet univers offre un cadre aux poursuites, qui en soit sont un plaisir des sens !

 

Quelques livres incontournables

 

 

Livre : Le train fait son cinéma

Le Train fait son Cinéma, de Patrick Brion et George Di Lallo, vous fait découvrir les trains mythiques des plus célèbres films

http://www.parisfaitsoncinema.com
CHEMINOTS ET CINÉMA

CHEMINOTS ET CINÉMA : La représentation cinématographique des cheminots repose, aujourd'hui encore sur deux films " mythiques " : la Bête Humaine de Jean Renoir et la Bataille du rail de René Clément. Ils symbolisent chacun à leur manière, la double dimension de l'image sociale et filmique des cheminots.

http://www.youscribe.com
CinémAction n°145 - Le train des cinéastes - CinémAction

Sommaire Préface : Le train et le cinéma, une longue histoire, Guillaume Pepy Préambule : Le train au cinéma, rêves et réalités, voix stellaires et voies ferrées, Albert Montagne I.

http://cinemaction-collection.com

- CHLASTACZ Michel, Trains du mystère, éditions L'Harmattan, collection « Sang maudit », Paris, 2009, 299 p.

- CORINAUT Daniel , VITRY-BABEL Roger, Travellings du rail, éditions Denoel, Paris, 1989

- GUERIF François, Le cinéma policier français, éditions Henri Veyrier, collection "Artefact", Paris, 1986

- PHILIPPE Olivier, Le film policier français contemporain, éditions Cerf, collection "7ème Art", Paris, 1996, (avec une superbe analyse sur les rapports entre déplacements et avancée de l'enquête)