Polaire Ferroviaire

05 mai 2018

"Drame du rail", débuts du langage cinématographique crimino-ferroviaire

 

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Voici un film que j'ai découvert très récemment, grâce aux deux très chouettes coffrets « Gaumont. Le Cinéma Premier » que j'ai empruntés1. A l'époque, ce film était considéré comme une scène dramatique. Il usait du thème "drame de la jalousie", qu'on développait jusque dans les faits-divers, faisant converger drame et crime. Et ce film est le premier qui exploite les possibilités esthétiques et dramatiques (criminelles, même) du rail avec un langage cinématographique abouti. Drame du rail (aussi appelé simplement Sur les rails) est un film de 1912 qui dure 14 mn. Léonce Perret souhaitait tourner à Niort, sa ville natale. Louis Gaumont, qui était avant tout un homme d'affaires, l'y autorisa à condition qu'il amortît les lieux en y faisant deux films. Ainsi, dans L'Express matrimonial, comédie sentimentale et dans celui-ci, il exploita les possibilités qu'offrait la gare de la ville2.

Voici le synopsis : Pierre, Jacques et leurs collègues cheminots passent leur temps à la terrasse d'un café. Pierre et la tenancière, Augustine, sont amoureux. Mais en secret, Jacques aime aussi la cabaretière. Lorsqu'Augustine demande Pierre en mariage, il devient fou de jalousie. Il saoule son collègue à l'absinthe et le jette sur les rails, sachant que le train passera bientôt. Mais le corps inanimé de Jacques se trouve protégé par un creux dans la voie, et le train lui passe au-dessus. Dessoûlé, il rejoint Augustine et lui confie ce dont il a été victime. Quand Pierre revient, il croit voir un fantôme. Affolé, il s'enfuit et se jette d'un pont au-dessus des voies ferrées. Un train l'écrase.

On peut dire que j'ai été agréablement surprise. Je sens un véritable tournant dans le cinéma des années 1910. Les films durent plus longtemps ; ils développent un véritable narration et une véritable épaisseur narrative. On a quitté la succession de tableaux rigides en multipliant les angles de vue et les types de plan. Ici, la scène où le train passe sur Pierre est réellement prenante, en tout cas dans sa première partie. La caméra exécute un plan rapproché de son corps au ras des voies ferrées. Et l'effet est renforcé par la musique choisie par Gaumont pour cette réédition (composée par Philippe Dubosson). Dommage qu'elle revienne ensuite à un plan plus large du train qui finit de passer. On dirait que le réalisateur a sacrifié à la façon conventionnelle de filmer le train, en temps réel, alors qu'il avait maîtrisé quelques secondes auparavant un montage intéressant, ce qui fait perdre son rythme intense à la scène.

La scène finale est filmée de façon beaucoup plus plate, de manière frontale, de loin. Là aussi, la scène traîne en longueur. L'acteur, Eugène Bréon, se livre à des cascades habiles, marchant sur la rambarde du pont puis se jetant dans le vide. Mais l'époque n'est pas encore au montage rythmant l'action. Tout voir de loin est devenu inhabituel pour le spectateur moderne. Et une fois qu'il a sauté, il faut attendre plusieurs seconde avant de voir arriver le train (qu'on n'entend pas non plus, muet oblige). Par contre, il est fort possible que cette vue de loin fût une prouesse technique admirée à l'époque, et les gesticulations d'Eugène Bréon devaient constituer des cascades qui suscitaient l'admiration et la peur. Cet acteur figure aussi au casting de Fantômas (les quatre épisodes), il faudra que je regarde s'il joue sur ce registre.

En ce qui concerne la vie des cheminots, nous avons de très jolis moments, la discussion au café, et surtout la réception de la lettre de demande en mariage, avec à l'arrière-plan le travail sur les voies de fret, qui sont des aperçus encore inédits dans le cinéma de l'époque.

 

1 « Gaumont. Le cinéma premier » Volumes I et II (coffrets DVD), édités par Gaumont en 2008 et 2010

2 Ces précisions sont apportées dans la notice qui accompagne l'affiche du film dans le livret du volume I de « Gaumont. Le cinéma premier », p. 81

 

 

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09 avril 2018

"Le Tour du monde d'un policier" de Charles-Lucien Lépine

Le tour du Monde d'un Policier (1906)

 

 

Le Tour du monde d'un policier (1906), de Charles-Lucien Lépine, avec une photographie de Segundo de Chomon, est probablement un des premiers films policiers contenant une scène de train (il est sorti la même année que Tentative d'assassinat en chemin de fer d'Alice Guy). L'enquête n'est pas centrale, mais est un élément de ce tour du monde. Le film se compose en deux parties. Dans la première, on assiste au vol d'un banquier véreux et au début de l'enquête par un policier. Celui-ci part à la poursuite du malfaiteur. Il entre en gare, se poste sur le quai et hèle le train. Mais il oublie son manteau, revient le chercher et manque alors son train. Le court-métrage est truffé de petits gags de ce type, en faisant une attraction comique plutôt qu'un drame policier.

Dans la seconde partie, des cartons annoncent des épisodes : « Au Canal de Suez », « Une fête à Calcutta », « La pagode à Bombay », « Les fumeurs d'opium », « Yokohama ». Le héros atterrit ensuite à New york (sans qu'un carton ne l'annonce, mais peut-être a-t-il été perdu). Puis, il est attaqué par « Les Peaux-Rouges ». A chaque fois, le malfaiteur lui échappe. A New York, il est à la tête d'un cortège de manifestants. Et il le sauve des griffes des Peaux-Rouges. L'enquêteur renonce donc à le poursuivre et rentre en France. Le banquier lui propose alors une alliance commerciale. Le film se conclue alors par un salut de l'ensemble de la troupe du film.

 

finalPhotographie de plateau, disponible sur http://www.fondation-jeromeseydoux-pathe.com/

 

 

Le film ressemble plus à une fantaisie où des numéros (de danseurs, d'éléphants...) s'enchaînent qu'à un film policier. Ces vues cinématographiques sont assez statiques, la caméra est fixe, les plans s'arrêtent à la sortie des protagonistes. Les tribulations de l'enquêteur sont en réalité l'occasion d'enchaîner les vues exotiques, à l'instar des travelogues ou de certains spectacles de lanterne magique de l'époque.

 

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"Ashar Creek and Bazaar", diapositive de la série M de la collection Rowden (1919),

présentée lors de travelogues sur la Mésopotamie et la Perse en Grande-Bretagne

disponible sur LUCERNA

 

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04 mars 2018

En attendant, des apaches, des sergents de ville et des potirons...

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Désolée, l'article sur les courses-poursuites au cinéma n'est toujours pas prêt. Donc, voici pour patienter quelques sympathiques vues de l'ère du cinématographe. Ca va courir, et ça va même rouler. Il va y avoir des sergents de ville, des apaches et des potirons !

 

La course des sergents de ville de Ferdinand Zecca

 

LES DEVALISEURS NOCTURNES - Gaston Velle (France, 1904)

 

L'insaisissable pickpocket de Segundo de Chomon

 

 

Le pickpocket ne craint pas les entraves de Segundo de Chomon

 

La course aux potirons de Roméo Bosetti

27 février 2018

Bientôt sur vos écrans... le train comme motif esthétique !

J'attaque un gros morceau : le train comme motif esthétique. C'est un gros morceau, puisqu'il s'agit de dégager ce qu'il a de proprement cinématographique, ce que je suis censée développer dans ce blog ! Je l'attaquerai petit bout par petit bout jusqu'à voir l'édifice en entier (avec le risque de rester comme les aveugles de la fable qui tripotent un éléphant et y décèlent des poteaux et des tuyaux...). Eh oui, car la fascination des trains criminels, c'est un mélange de fascination pour le crime, pour le mouvement et pour la modernité. A l'origine, le cinéma est une attraction, comme la grande roue et le train fantôme! Et il n'a jamais cessé de l'être...J'ai commencé par lire une super thèse en ligne sur la poursuite comme motif esthétique, je m'attaque au cinéma d'attraction. Je vous livrerai mes trouvailles au fur à mesure. Bientôt, vous verrez...

 

Des poursuites !

 

Course à la saucisse (1907) - Dir. Alice Guy

 

 

Des attaques ! Des explosions ! Des attentats !

 

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Des fêtes foraines !

 

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Et même, des phénakitiscopes (et autres objets en "opes") !

 

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13 février 2018

Le train comme motif symbolique

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Voyons à présent les symboles nichés au cœur de l'univers ferroviaire et métropolitain.Trois éléments sont au cœur des films criminels : le crime, les activités criminelles et l'enquête (certains films ne reprenant que deux des trois éléments, bien entendu). Ainsi que le résume la grille des caractéristiques des genres policiers, les différents genres portent des messages sur leur sens et leur place dans la vie et dans la société, représentés par des motifs et des éléments stylistiques. Ils peuvent être contradictoires, le traitement du crime étant extrêmement varié, de la comédie policière au néo-polar métaphysique. La plupart de ces genres se sont codifiés. Les lieux, principalement urbains, y sont alors des figures imposées, des codes qui symbolisent une vision stéréotypée de la ville, du crime, de la nature humaine1. Ainsi, ils contribuent à une véritable « métaphysique » du crime et de l'enquête. Quelle place y occupent alors trains, tramways et métros ? Qu'en symbolisent-ils ?

 

La sauvagerie et la mort

 

Le crime est bien sûr sauvage et brutal. Le train, à ses débuts, avec sa vitesse qui semble immense, les étincelles produites par le frottement sur les rails et avec les freins, les chaudières brûlantes, les sifflements, la fumée noire, a cette même aura. Il fait partie de ces machines modernes qui surprennent les gens, et notamment les artistes, qui y voient des bêtes indomptables. La fureur de Lantier ou de Sisif semble répondre à celle de leur locomotive chérie. Le train évoque la passion, qui ici confine au fétichisme de la machine et à la psychopathie. Le montage rapide de détails de la machine et des visages, le tout filmé en gros plans exprime cette bestialité. Les plans brefs mais répétés sur l'objet qui émet le son, ou sur la fumée, alternés avec des personnages qui baignent dans ce bruit, évoquant le son et créent un rythme visuel trépidant depuis les films muets2.

Cette sauvagerie est presque magique. Les multiples véhicules que prennent Fantômas et ses complices, puis les Vampires, les lieux où ils apparaissent puis disparaissent sont les instruments de surmodernité qui leur permettent leur violence démesurée, surréaliste, et leur ubiquïté3.

Puis, le train comme le métro entrent dans le quotidien des Français. Ils n'incarnent plus la vitesse. Ce n'est pas un hasard si nombre de comédies policières ont pour objet le train dans les années 60 : le train est devenu patrimonial. Et le train évoque aussi la lenteur et la banalité de l'inspecteur Maigret dans les séries dont il a par la suite fait l'objet.

Sauvage ou banal, le crime reste funeste. Les couleurs ternes des univers ferroviaires et métropolitains, la froidure du métal semblent des couleurs de mort4.

 

Du cocon à l'abandon

 

Au-delà du crime, il y a la vie criminelle : les criminels ont une vie bien spécifique. Le regard sur la vie criminelle est mutliple. Il peut être marqué par la fascination. Les bas-fonds, dont font partie La Petite Ceinture (les fortifs et la zone) et les gares, semblent alors des contrées mythiques au 19ème siècle. Le métro (bas-fonds au sens propre) prend des allures magiques dans Subway, il est un cocon. Dans La Bête humaine, c'est la fraternité cheminote qu'on célèbre, le métier de cheminot incarnant un idéal de solidarité mais aussi de maîtrise technique ouvrières.

Mais il est bien plus souvent fataliste, les rails symbolisant la fatalité. Les travellings sur les rails au début de La Bête humaine expriment bien le déterminisme qui mue le comportement de Lantier. Ce déterminisme, ici, va au-delà de la fatalité. C'est l'alcoolisme familial qui le ronge, mais aussi sa vie coincée dans un univers ferroviaire néfaste, comme elle coince Roubaud et son épouse. Renoir et son chef-décorateur Eugène Lourié ont mûrement réfléchi pour exprimer ce sentiment oppressant. La photographie impressionniste allonge les ombres nocturnes des dépôts ferroviaires, tandis que le jour les espaces exigus se multiplient, maisons, wagons...6. Tous vivent et ne sortent jamais ce cet environnement. Ils ont même choisi, ce qui n'était pas le cas dans le roman, de situer le logement de Roubaud au-dessus des voies, et de les filmer en plongée, créant un surcadrage5 Suivant la banalisation de l'image du train et du métro ; les gares, couloirs, rames, deviennent des non-lieux. Les gares de provinces et le métro chez Melville expriment la solitude des héros. Une critique sociale s'y ajoute peu à peu : ces gares de province, ces RER de banlieue montrent l'abandon de ces territoires et des gens qui y habitent par les politiques publiques. Ces non-lieux sont des lieux de non-droit. Voilà pourquoi l'agression de Train d'Enfer peut avoir lieu.

La gare est le lieu des destins qui se croisent, où les rencontres sont des liens ténus, trop fragiles, où les solidarités agissent de justesse, et n'agissent que parce il y a une multiplication des liens faibles comme dans Gare du Nord, à l'instar des rails qui se croisent et du maillage du réseau ferroviaire.

 

La vie est un voyage, la mort son terminus...

 

Le train évoque bien sûr le voyage. Il a alors une dimension initiatique. Qui dit « voyage » dit « avancée ». C'est bien le cas des films criminels centrés sur le criminel ou sur des enquêteurs amateurs. Les bruits en hors-champ scandent l'évasion de Fontaine dans Un Condamné à Mort s'est échappé. Aux tintements du tramway succèdent les sifflements du train. Michel CHION propose d'y voir le symbole d'une liberté plus grande7 (le train part vers de lointaines destinations, tandis que le tramway ne dessert que la ville et tourne en rond). Le pâle François Taillandier commence son aventure en train, et la finit en Porsche dans Anthony Zimmer. Dans L'homme du train, la gare de la petite bourgade est une correspondance dans la vie des héros, ils s'y croisent pour échanger leur vie, y trouvant ce qu'ils attendaient. L'enquête lente et obstinée, emplie d'étapes, d'un père et de sa fille pour retrouver leur parente disparue dans Un étrange voyage, leur permet de se rapprocher.

Les films d'enquête dont le meurtre est commis dans un train commencent dans une gare et se finissent dans une autre. Le temps du voyage est celui de l'enquête. Et la circularité des roues, ainsi que la représentation stéréotypée du train, rappellent que le rôle de l'enquêteur, un rôle conformiste, est de rétablir l'ordre. Dans les comédies policières, l'enquête prend des allures de jeu. Le train devient alors jouet : maquette dans le générique du Mystère de la Chambre jaune de Bruno Podalydès, théâtre d'ombres dans Le Crime est notre affaire de Pascal Thomas...

 

Nous verrons la prochaine fois la dimension esthétique du train...

 

 

1Jean-Noël BLANC, Polarville, p. 18

2Michel CHION, « L'image suggérant le son » dans Un art sonore, le cinéma, p. 12-14 et p. 119

3Isabelle-Rachel Casta, « Le cirque et la princesse : Fantômas comme raccommodeur des mondes de la Belle époque », Belphégor [En ligne], 11-1 | 2013, mis en ligne le 25 avril 2013, consulté le 15 avril 2017. URL : http://belphegor.revues.org/105

4Marceline EVRARD, « Lignes de vie, Lignes de mort : les artères de fer », p. 33-34

5Eugène LOURIE, « The human Beast », My Works in Films, p.51

6Dossier pédagogique de « La Bête humaine », chapitre 3 « Mise en scène et représentations »

7Michel CHION, « Un condamné à mort s'est échappé : le train et le tramway » dans Un art sonore, le cinéma, p. 226-231


21 janvier 2018

Caractéristiques des genres policiers

tontons flingueurs

Les genres policiers sont pluriels, protéiformes, perméables les uns aux autres. C'est compliqué de les qualifier. Déjà, définir un genre cinématographique est difficile. Néanmoins, Vincent PINEL a proposé de lister des caractéristiques permettant de le faire, ce qui lui a permis de créer son Genres et mouvements au cinéma. Voici celles qu'on trouve dan son « Introduction » et qui s'appliquent aux genres policiers :

- le sujet

- les motifs

- la narration

- le style

- l'effet produit sur le spectateur

 

Leur répétition crée le genre, et, en retour, un effet d'attente fait rechercher par le spectateur ces caractéristiques dans les films du genre.

 

J'en ai dressé deux grilles, l'une pour les genres policiers, l'autre pour les genres approchants, que voici (Licence Creative Commons Réutilisation autorisée - Modification autorisée - Citation de l'auteur) :

caract_ristiques_des_genres_policiers

caract_ristiques_des_genres_annexes

 

Croiser cette grille avec celles des fonctions du motif filmique me permettra, j'espère, de faire une lecture de la place du train dans le cinéma policier.

 

05 janvier 2018

motif filmique : fonctions cinématographiques

Fonctions du motif Attribution-Réutilisation autorisée-Modificiation autorisée

 

 

La grille aux formats .mm, .png et .odt 

fonctions_du_motif_dans_le_cin_ma (.mm)

Fonctions_du_motif_dans_le_cinema (.png)

grille_d_analyse_fonctions_du_motif (.odt) (une grille moins détaillée, sous forme de tableaux à compléter)

 

Licence Creative Commons Attribution - Réutilisation autorisée - Modification autorisée

 

 

J'ai conçu cette grille pour analyser la place du train dans le cinéma. Bien entendu, je me suis longuement interrogée sur la notion la plus propice à l'analyse, c'est-à-dire le rôle qu'il jouait. J'ai d'abord pensé à "décor". Cette notion m'a été la plus utile, car elle est d'une grande richesse sémantique, ce que m'ont révélé les outils épatants du CNRTL comme la lexicographie et la proxémie, et parce que c'est un élément de mise en scène qui vient immédiatement à l'esprit. Mais celle de "motif" est plus générale, je l'ai donc préférée. J'espère que cette grille sera utile. Cet article est une introduction aux différentes fonctions du motif. Il sera complété par trois autres :

-"Le train comme motif narratif"

-"Le train comme motif symbolique"

-"Le train comme motif esthétique"

 

Je n'ai pas fait d'article sur le train comme motif constitutif du genre policier. En effet, j'ai pensé que le genre se construisait sur la répétition de motifs narratifs, symboliques et esthétiques. Par contre, j'ai établi une grille des caractéristiques du film policier, que vous trouverez ici.

 

 

 

 

 

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17 décembre 2017

Le train comme motif narratif

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Le cinéma emprunte à de nombreux autres arts., dont la littérature. Il est souvent là pour raconter une histoire palpitante. Ainsi, l'univers ferroviaire remplit-il des fonctions narratives : il est un élément-clé du récit. Il peut aussi jouer le rôle d'élément structurant. A fortiori dans le genre policier, et a fortiori jusqu'aux années 40, où la plupart des films sont des adaptations de romans1.

 

Littérature de gare

 

Nombre de films, dont certains sont aujourd'hui oubliés (voire disparus), reprennent des romans populaires. Or, la littérature populaire a connu, jusqu'au début du 20ème siècle, une fascination pour l'univers ferroviaire, vu comme un environnement propice au crime2. Elle s'appuyait entre autres sur des crimes réels, comme les affaires Charles Jud ou Docteur Poinsot. Une obsession pour les malles sanglantes est née. Les récits feuilletonnesques se mêlaient aux faits-divers, aux complaintes criminelles, au théâtre policier et à la pantomime, notamment au Théâtre du Grand Guignol3. Ainsi, Fantômas reprenait l'imaginaire des bas-fonds, gares, et dépôts faisant partie de la « zone ». La rapidité du train stupéfiait. Il paraissait difficilement imaginable de se rendre d'un endroit à un autre aussi rapidement. Il en allait de même avec le ballet des croisements de train. Ainsi, nombre de récits d'Arsène Lupin jouent sur ces deux aspects : le criminel saute d'un train à l'autre, commet son crime puis rentre. Il en va de même dans Le Parfum de la Dame en noir. De l'autre côté, on admire la connaissance des indicateurs de chemin de fer du détective qui confond les malfaiteurs. Or, ces deux héros ont vu leurs aventures adaptées à plusieurs reprises (notamment par Maurice Tourneur). Par la suite, ces adaptations sont surtout le fait de la télévision. Le motif du train criminel se raréfie, mais il s'autonomise. Voyons à présent quels rôles il peut jouer.

 

 

Au cœur du crime : mobile, arme, opportunité

 

 

Pour commencer, le train peut être au cœur de l'intrigue. Objet du délit quand il est attaqué pour détrousser ses passagers (Juve contre Fantômas) ou pour récupérer son chargement en or (Le Cerveau) ou saboté, par exemple pour lutter contre l'ennemi (La Bataille du Rail). Il devient arme du crime quand un homme est poussé hors du train (Thérèse Raquin) ou se suicide par le même procédé (La Bête humaine). Un autre motif lié à la mort traverse les légendes urbaines : celui du train des suicidés, où des voyages de candidats au suicide s'organise, comme dans Un train dans la nuit.

 

Même si les lieux n'ont rien de directement létal, ils restent des lieux propices au crime. Ils peuvent être déserts, ou encore occupés de dormeurs qui ne verront rien (Compartiments tueurs). Ils sont les lieux de meurtres, mais aussi d'autres activités illégales : trafic de drogue dans les couloirs du métro dans Razzia sur la Schnouff, prostitution dans les toilettes de la gare dans Un homme blessé... La vitesse du train permet des scènes où un passager d'un train roulant en sens inverse aperçoit un meurtre, la fugacité de la scène et la difficulté de sa localisation compliquant la dénonciation, et même le souvenir. Pascal Thomas, qui apparemment aime beaucoup les trains, en joue dans deux de ses films inspirés d'Agatha Christie : Mon Petit Doigt m'a dit et Le Crime est notre Affaire. La foule semble le phénomène inverse. Mais elle permet tout autant les actes délictueux. Les criminels peuvent profiter de sa densité pour commettre leurs méfaits (Pickpocket). Elle est un obstacle (mais aussi un atout pour l'adversaire) dans une course-poursuite, empêchant d'avancer ou faisant perdre de vue sa proie. Bondés ou déserts, les lieux restent labyrinthiques. Fantômas et ses complices ne cessent d'apparaître et de disparaître par on ne sait quels passages dans les bas-fonds, dont les gares, dans des récits troués d'ellipses. Le Samouraï de Jean-Pierre Melville erre, en une errance métaphysique, dans le métro parisien. Enfin, comme nous l'avons vu, quelques adaptations se jouent des indicateurs de chemin de fer comme éléments d'une énigme à résoudre.

Au delà des possibilités réelles offertes au crime (et de réels faits divers), c'est tout un imaginaire qui se développe. L'univers ferroviaire se charge de mystère et d'atrocité. Il est inhumain. On ne fait que le traverser. Ceux qui y vivent deviennent fous. Des psychiatres des plus éminents, au 19ème siècle, prêtent aux voyages en train et à la proximité d'un environnement surchargé de stimulations sensorielles des effets criminogènes. Ils sont repris par des écrivains naturalistes comme Emile Zola : Lantier et Roubaud en sont marqués. Pour la version de Jean Renoir, son chef décorateur, Emile Lourié, s'est attaché à rendre cet environnement qu'ils ne quittent pas, et qui devient oppressant « Les gens du rail sont gens à part ; leur façon de vivre est modulée sur les horaires des trains -arrivées, départs, vacations et prises de service. Au Havre, le chef de service et le personnel étaient logés tous près de la gare, et chaque jour et chaque nuit était rythmés par le halètement des locomotives à vapeur. Nous avons senti que cette présence continuelle dans leur vie privée était un élément déterminant du drame. J'ai proposé à Jean de situer le logement de Roubaud à l'intérieur du dépôt, en le liant ainsi à un environnement de bruit et de vapeur. »4.

 

Au-delà de ces éléments propres à la diégèse, le train peut être utilisé comme un motif qui structure le récit. Cette ponctuation est alors assortie d'un symbolisme fort.

 

Un motif qui ponctue le récit

 

Nombre de films s'ouvrent et se closent sur une vision ferroviaire (Violette Nozière, L'homme du train), voire un ensemble de scènes (Six heures à tuer). Le train signifie alors : « L'histoire va commencer. », puis « L'histoire s'achève. ». Mais cette fin n'en est pas une, puisque le train part au loin. Le train introduit une notion de cycle. La vie continue, avec ou sans les héros du film. Dans L'homme du train, Milan arrive par le train dans cette petite bourgade au début du film, et c'est Manesquier qui s'en échappe. Dans Anthony Zimmer, les deux héros criminels commencent dans le train, mais s'enfuient à la fin en voiture décapotable, montrant la transformation d'un homme ordinaire, François Taillandier, en héros criminel. Le train pourrait apparaître anecdotique, si le mot n'apparaissait pas dans le premier titre, montrant combien il est l'agent du destin.

Dans d'autres films, il joue une scansion. Le train apparaît peu, mais à intervalles réguliers, et il semble chargé de symboles. Ainsi, Fontaine entend de sa prison, au loin, le tintement du tramway, puis le sifflement et les roulements du train dans Un Condamné à mort s'est échappé. On y voit assez clairement des symboles de liberté. Michel Chion établit une distinction subtile entre les deux véhicules : le tramway incarne une liberté terrestre, un retour à la vie quotidienne, tandis que le train est symbole d'une liberté plus vaste, céleste5. Dans Coup de Torchon, la réplique de l'aveugle dans le tortillard qui mène de Bourkassa à Saint-Louis-du-Sénégal « Nous entrons dans la forêt vierge » est une antienne. On peut y voir une énigmatique prophétie qui ponctue la tragi-comique spirale de violence dans laquelle entre Lucien Cordier, qui tient des propos le rapprochant de plus en plus de l'Antéchrist.

 

Comme nous l'avons vu, les fonctions narratives du train se départissent difficilement de ses fonctions symboliques. Nous les verrons dans un prochain article.

 

1 Francis VANOYE, L'adaptation littéraire, p. 121

2 Michel CHLASTASZ, Trains du mystère, p. 7-103

3 Collectif, Cinéma premiers crimes

4 Cité dans Roger VIRY-BABEL, « La Bête humaine » dans Jean Renoir, p. 108

5 « Un condamné à mort s'est échappé : le train et le tramway » dans Michel CHION, Un art sonore, le cinéma, p. 226-231

02 décembre 2017

Train scène de crime

 

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Le train fascine nombre de cinéastes pour ses propriétés cinématographiques. Mais, avant toute chose, il peut simplement vu, dans le cinéma criminel, comme le lieu du crime.

 

 

Attaque !

 

Il devient l'évidence même quand il est l'objet du crime. Mais l'attaque de train est rare dans le cinéma français. Peu de larges espaces traversés par des trains attaqués de façon grandiose, étant donné le manque de déserts dans l'espace hexagonal. Joë Hamman a bien tenté le western camarguais, mais n'a pas trouvé de continuateur, même si d'autres cinéastes de l'époque s'en inspirent pour créer des attaques de diligences ou de train. L'amateur de paysages grandioses et de poursuites épiques s'est retranché dans le film d'aventures, propulsé dans des contrées exotiques. C'est le cas des Pirates du Rail de Christian-Jacque, où une horde de bandits chinois attaque régulièrement une ligne en construction. Le film criminel prend parfois les atours du film d'aventures. Toutefois, les films exotiques (cf. aussi La Bandera ou Pépé le Moko), a fortiori pré-1962, posent problème (dans plusieurs sens du terme d'ailleurs!). Il s'agit de films coloniaux, qui au-delà de relents racistes, ne s'interrogent pas sur les motivations des "bandits", alors même que l'omniprésence de l'armée en toile de fond souligne l'occupation du pays, tandis qu'un éclairage rétrospectif peut y voir une dimension politique. Au-delà d'un film d'aventures, j'y vois donc un film anti-politique. La Bataille du Rail, lui, grand film du train, princeps du film de Résistance, est bien reconnu comme un film politique, et même un film de propagande vantant les mérites de la SNCF pendant la Seconde Guerre Mondiale. On y détaille la minutie de la préparation des sabotages, avant l'éclat du déraillement du train, reliant les deux tendances du film d'attaque de train. On a l'éclat dans le déraillement du Simplon Express dans Juve contre Fantômas. On trouve la minutie dans des films très différents comme Le Cerveau de Gérard Oury et Un Flic de Jean-Pierre Melville. 

 

Gare aux gares !



Les gares et les voies de chemin de fer ont longtemps été vus comme des lieux interlopes hautement criminogènes. La presse à sensation s'est repue de récits, entremêlés aux faits divers afin d'entretenir la confusion, de tueurs du chemin de fer tels Charles Jud et de malles sanglantes. Récits repris dans la bien nommée littérature de gare, dont le policier est une des veines. Vous trouverez de forts belles et sanguinolentes images sur les couvertures de ces publications. Mais le cinéma ne s'est pas emparé de ces thèmes. Guère non plus de victimes attachées aux rails (une seule exception trouvée : Main de fer de Léonce Perret). Ce sont aussi des lieux propices aux pickpockets qui profitent de la foule. Leur habileté a fasciné les premiers cinéastes (Segundo de Chomon, Ferdinand Zecca...) qui en proposent un certain nombre. Mais ils ne les font pas agir en ces lieux. Par contre, bien plus tard, un grand cinéaste sera fasciné par leur adresse, considérée comme une sorte d'ascèse : le héros de Pickpocket de Robert Bresson sévit dans des hippodromes, dans des gares, dans des stations de métro, dans des rames et des wagons. Ces lieux sont traversés par une foule massée, par des mouvements incessants avec laquelle le cinéaste compose.  Ce sont aussi des lieux intermédiaires, sortes de limbes où il oscille entre vertige du vice et regard de ceux qui les voient, qui les scrutent et qui seront l'instrument de la chute rédemptrice. Par contre, la gare fait partie des lieux à la marge, de la "zone" fréquentée par les "Apaches" de la Belle-Epoque, dont les complices de Fantômas. Criminogènes, ils l'étaient d'autant plus que nombre de psychiatres de l'époque prêtaient à la vitesse du train et au bruit environnant des effets propres à ébranler les nerfs. L'environnement de travail de Lantier contribue ainsi à sa folie meurtrière pour Zola, écrivain naturaliste avide de découverte scientifiques, dans La Bête Humaine, et l'idée est reprise dans l'adaptation de Jean Renoir. Plus tard, il est le lieu de la violence sociale et de l'exclusion, tout comme le métro, perdant tout « exotisme social"1, comme dans Train d'enfer de Roger Haninou dans L'homme blessé de Patrice Chéreau.

 

Compartiments tueurs

 

Bien entendu, des meurtres sont commis (car pourquoi regardons-nous des films policiers, enfin ?! Nous voulons un beau meurtre à résoudre!!!). C'est la première cinéaste au monde, et apparemment aussi la première cinéaste de crime ferroviaire, qui préside à la liste avec le court-métrage Tentative d'assassinat en chemin de fer en 1904. Les compartiments assurent la discrétion, renforcée par l'opacité de leurs rideaux (La Bête Humaine). Mais cette discrétion est insuffisante au meurtrier froid de Compartiment Tueurs, qui entreprend d'éliminer un à un les témoins. Un autre type de mort a fasciné, fascination nourrie par une "légende urbaine" de voyages organisés pour les candidats au suicide. Deux films sont sortis sur le sujets de façon extrêment rapprochée, mais avec un traitement opposé : Le burlesque Train des suicidés d'Edmond T. Gréville (1931) contre le mélodramatique Un train dans la nuit de René Hervil (1934).

 

Poursuites entravées dans les wagons



Quant à ses wagons et à ses couloirs, ils permettent des poursuites2 épiques. La poursuite n'est pas l'activité criminelle centrale, mais une des péripéties secondaires, créant un suspense pour le spectateur, autour d'une interrogation : le malfaiteur sera-t-il attrapé par ses poursuivants ? Cela suscite une tension, mais aussi le plaisir de regarder des performances acrobatiques pour les héros-acteurs et cinématographiques pour la caméra. Dans les films cités, on peut remarquer que le mal triomphe à l'issue de la poursuite : Fantô/omas et Minos parviennent à s'enfuir, Laurent tue Camille. Les véhicules disparaissant à l'horizon, chevauchés par les héros criminels, sont en fait légion, et montrent qu'il sont invincibles, protéiformes, avec un don d'ubiquïté (Fantômas, Les Vampires). De toute façon (sauf pour Peur sur la ville), le public n'est pas venu voir triompher le bien. Il est venu admirer les exploits du fantastique criminel Fantômas, les pitreries de de Funès, les états d'âmes des héros de Thérèse Raquin poursuivis par la culpabilité et la fatalité... Elles concentrent alors plusieurs aspects : modernité, vitesse, spectaculaire. D'ailleurs, la vitesse du train est un argument de vente : voyez la bande-annonce de La Bête humaine et la note d'intention de Marcel Carné à l'attention de ses producteurs pour Thérèse Raquin. Toutefois, le train n'est pas le véhicule qui incarne le plus la modernité et la vitesse, puisqu'il existe depuis 1925. Il incarne plutôt un des aspects de la vie moderne, parmi les autres. C'est la juxtaposition qui incarne la modernité. Par contre, filmer cette juxtaposition, ces mouvements, ces passages d'un véhicule à l'autre, surtout dans des décors naturels, sont de réelles performances cinématographiques d'une grande modernité, et c'est aussi ce que vient voire le public. Elle incarne aussi l'urbanité. Fantômas est un héros post-moderne et urbain3, Minos incarne la menace tapie dans la solitude de la vie urbaine. Voilà la raison du titre du film Peur sur la ville, mais aussi pourquoi la poursuite continue dans un grand magasin déserté, uniquement peuplé de mannequin nus et sans perruques. Enfin, la course-poursuite dans un train est spectaculaire. Ce qui est spectaculaire, c'est de voir les héros se mouvoir dans un véhicule lui-même en mouvement. La longueur des couloirs donne de l'ampleur à poursuite. Mieux encore : les cahots du train créent de la difficulté. Celle-ci montrent l'adresse, la souplesse, l'endurance des personnages (ou des acteurs célèbres pour leurs cascades dans le cas de Jean Marais et de Jean-Paul Belmondo), ou a contrario leur faiblesse, tel le pathétique et chétif Camille brinquebalé dans Thérèse Raquin, ou Louis de Funès dont on vient admirer la performance clownesque dans Fantomas4. Passer d'un wagon à l'autre, grimper sur les toits, sauter d'un pont aérien, baisser la tête sous un pont plus classique, puis passer d'un véhicule à l'autre sont les épreuves d'un parcours extrêmement ludique. Le cinéma criminel, au-delà de sa trame narrative, allie, avec ses catastrophes ferroviaires et ses courses-poursuites, ce qui fait du cinéma un art de sensation, rappelant qu'il fut une attraction foraine, tout comme le train fantôme.

1 L'expression « exotisme social » est l'expression inventée par Lise QUEFFELEC dans son analyse des romans-feuilletons pour analyser les ressorts du genre basés sur l'exploration pittoresque des bas-fonds tout comme des lieux de la haute-société, repris dans les serials comme Fantômas ou Les Vampires.

2 Une thèse a été consacrée à la poursuite au cinéma : La poursuite au cinéma : pérennité d'une forme esthétique de Philippe MARCEL. Vincent Pinel consacre aussi un article de son dictionnaire Genres et mouvements au cinéma au film de courses-poursuites, indiquant son ascendance sur le film policier.

3 Isabelle-Rachel CASTA, « Le cirque et la princesse : Fantômas comme raccommodeur des mondes de la Belle époque », dans Belphégor [En ligne], 11-1 | 2013, mis en ligne le 25 avril 2013, consulté le 15 avril 2017. URL : http://belphegor.revues.org/105

4 Loïc ARTIAGA, « Le Bleu et le noir. Fantômas, le temps des guerres chromatiques (1962-1969) » dans Belphégor [En ligne], 11-1 | 2013, mis en ligne le 05 avril 2013, consulté le 15 avril 2017. URL : http://belphegor.revues.org/79

« des moments jamais atteints dans le film d'action : la marche hallucinante du train dans la nuit ; un meurtre commis à 140 km/h », ainsi que la question « un crime parfait est-il possible ? »1

1Archives Carné 4THE/1-3, citées dans David CHANTERANNE, Marcel Carné, p. 64

26 novembre 2017

Présentation

Ce blog se propose de traiter le lien entre train et films criminels français. Le lien m'a frappée en regardant le magnifique Cercle rouge de Jean-Pierre Melville. Il m'est alors revenu confusément le souvenir de l'inspecteur Maigret, qui pour moi semble toujours dans un train. Je me suis rendu compte que le train évoquait pour moi une infinie mélancolie consubstantielle aux films policiers, emplie de lents voyages sous des horizons gris. Mais je me suis aussitôt rappelé Le Crime de l'Orient Express, ainsi qu'un extrait de Mon petit doigt m'a dit (de Pascal Thomas), deux adaptations bondissantes et ludiques d'Agatha Christie. L'attrait du crime a toujours revêtu des oripeaux multiples, entre attirance, répulsion et mélancolie.

 

Voici une liste de films ou l'univers ferroviaire est central :

 

  • Tentative d'assassinat en chemin de fer d'Alice Guy (1904)

  • La bête humaine de Jean Renoir (1938)

  • Compartiment tueurs de Costa-Gavras (1965) 

  • Trans Europ Express d'Alain Robbe-Grillet (1966) 

  • Le Cerveau de Gérard Oury (1969) 

  • La plupart des films de Jean-Pierre Melville

  • Train d'enfer de Roger Hanin (1985) 

  • Un étrange voyage d'Alain Cavalier (1981) 

  • Fugueuses de Nadine Trintignant (1995)

  • Aux abois  de Philippe Colin (2003)

  • Roman de gare  de Claude Lelouch (2007)

Dans d'autres films, il se mêle à d'innombrables moyens de transport afin de souligner l'adresse du malfaiteur (séries des Fantômas et des Fantomas) ou de l'enquêteur (films avec Jean-Paul Belmondo). Cela vaut tant qu'il est un véhicule promesse de modernité. A partir des années 70, il véhicule plutôt une image vénérable et ronronnante, ce qui explique pourquoi on le voit dans tant de séries patrimoniales (Maigret, Arsène Lupin, Nestor Burma...). Dans d'autres enfin, il est à la lisière, mais justement bien souvent pour commencer et clore le film, invoquant une certaine circularité (L'homme du train de Patrice Leconte).

 

Après mûre réflexion, je dois bien reconnaître que le rail n'a rien de consubstantiel au film criminel. Pourtant, il est au coeur de beaucoup d'intrigues romanesques, l'enquête policière étant une des déclinaisons de la "littérature de gare". Mais le cinéma, friand pendant longtemps d'adaptations (un tiers des productions dans les années 30), s'y est peu mis, dédaignant peut-être le genre ou reculant face à un tournage coûteux et dangereux. Par contre, il met à jour des spécificités moins observées dans d'autres films policiers. En effet, la plupart de ces films se concentrent sur le crime. L'enquête est à la marge, elle ne permet pas de démasquer le coupable (La Bête Humaine), ou alors cette résolution ne résout justement rien à la noirceur de l'âme humaine (Le Cercle rouge), ou elle n'est qu'un chemin initiatique (Un étrange voyage). La fatalité, ou plus doucement la mélancolie, y est centrale. Par ailleurs, le train partant bien quelque part, il permet d'explorer la province, ou encore les anciennes colonies (dans Coup de Torchon), ce qui est assez rare pour être souligné. Beaucoup de scènes sont tournées en décors réels. Pourtant, cette province reste anonyme, signe de non-lieux, de no man's lands, de lieux oubliés par Paris.

 

Enfin, bien entendu, l'univers ferroviaire propose des motifs esthétiques (les rails, les roues, la vitesse, les panaches de fumée) magnifiquement exploités par des artistes comme Jean Renoir, Jean-Pierre Melville, Alain Cavalier... Ces motifs se doublent bien souvent d'un sens métaphysique, nous le verrons. Plus largement, cet univers offre un cadre aux poursuites, qui en soit sont un plaisir des sens !

 

Quelques livres incontournables

 

 

Livre : Le train fait son cinéma

Le Train fait son Cinéma, de Patrick Brion et George Di Lallo, vous fait découvrir les trains mythiques des plus célèbres films

http://www.parisfaitsoncinema.com
CHEMINOTS ET CINÉMA

CHEMINOTS ET CINÉMA : La représentation cinématographique des cheminots repose, aujourd'hui encore sur deux films " mythiques " : la Bête Humaine de Jean Renoir et la Bataille du rail de René Clément. Ils symbolisent chacun à leur manière, la double dimension de l'image sociale et filmique des cheminots.

http://www.youscribe.com
CinémAction n°145 - Le train des cinéastes - CinémAction

Sommaire Préface : Le train et le cinéma, une longue histoire, Guillaume Pepy Préambule : Le train au cinéma, rêves et réalités, voix stellaires et voies ferrées, Albert Montagne I.

http://cinemaction-collection.com

- CHLASTACZ Michel, Trains du mystère, éditions L'Harmattan, collection « Sang maudit », Paris, 2009, 299 p.

- CORINAUT Daniel , VITRY-BABEL Roger, Travellings du rail, éditions Denoel, Paris, 1989

- GUERIF François, Le cinéma policier français, éditions Henri Veyrier, collection "Artefact", Paris, 1986

- PHILIPPE Olivier, Le film policier français contemporain, éditions Cerf, collection "7ème Art", Paris, 1996, (avec une superbe analyse sur les rapports entre déplacements et avancée de l'enquête)

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